Mer à faire est l’inséparable double en écriture de 36 Morceaux.
Le livre se compose de deux parties, présentées en regard sur les pages de
gauche et de droite. Sur les pages de gauche, le journal d’un séjour de vingt-quatre
jours à Ouessant (Carnet d'Ouessant 1993) où se pose la question du sens du dessin et, singulièrement,
des motifs que trace la mer à sa propre surface. Sur les pages de droite,
la transcription de ce journal à l’infinitif, qui constitue le moment proprement
philosophique du diptyque. De fait, si Mer à faire répond à 36
Morceaux, c’est autant par la thématique du journal (« Comme si
susciter des réflexions sur le dessin était la seule raison de dessiner »,
Mer à faire, p. 78) que par l’analogie qui se produit entre l’immatérialité
des dessins de mer (si peu substantiels en effet) et l’écriture infinitive
(non substantive).
Dans un dispositif de transcription généralisée, mais toujours extrêmement précis et rigoureux, dessin et écriture tentent de
circonvenir l’« insaisissable », ainsi que l’annoncent les préfaces aux deux livres. Par quoi le diptyque d’Emmanuel Fournier
accède, entre dimensions artistique et philosophique du projet, au registre de l’essai : élaboration d’une langue, tantôt
dessinée tantôt écrite ; et épreuve, dans son tracé même, de sa matérialité signifiante.
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