Né en 1948, Werner Hamacher enseigne la philosophie à l’Université de Frankfort. « Visiting professor » dans de nombreuses universités, tant en Europe
(France, Danemark) qu’aux Etats-Unis et à Jérusalem, il est l’introducteur et le traducteur de Jacques Lacan en Allemagne, de Nicolas Abraham, de Paul
de Man, de Jorie Graham et de Jean Daive. Werner Hamacher est principalement l’auteur de trois livres :
Une édition critique, parue chez Ullstein en 1978, de l’Esprit du Christianisme, écrits 1796-1800 de G.W.F. Hegel, complétée d’une postface de 300 pages
intitulée Pleroma – dialecture de Hegel (traduction française de Marc Froment-Meurice et Tilman Küchler, Galilée, « La philosophie en effet », 1996) ;
Un recueil d’Études sur la philosophie et la littérature de Kant à Celan, Surhkamp, 1997 ;
Et, récemment, d’une traduction de W de Jean Daive, 4ème séquence de Narration d’équilibre, Urs Engeler Editor 2006, complétée dune postface dense
dune soixantaine de pages intitulée Anataxe. Virgule. Balance. Notes pour W de Jean Daive, où Werner Hamacher entreprend une
lecture aussi minutieuse et implacable qu’incontestablement personnelle de W, et donne ainsi la première étude de fond sur l’écriture de Jean Daive.
Philosophe ami de Jacques Derrida, Werner Hamacher partage avec ce dernier une même préoccupation pour l’objet-livre. Cette préoccupation explique
que l’apport d’écriture de Werner Hamacher se soit concrétisé – appuyé en premier lieu sur la notion de plérôme et de dialecture – par des postfaces. Postface à l’édition
critique de l’Esprit du Christianisme de Hegel, et postface à la traduction de W de Jean Daive, que nous publions aujourd’hui dans la
traduction de Michèle Cohen-Halimi.
Or, il s’avère que la réception française de Werner Hamacher aura consisté à interpréter les postfaces du philosophe allemand comme des livres en soi.
De même que la postface de l’Esprit du Christianisme a paru aux éditions Galilée sous une forme indépendante, augmentée symptomatiquement d’une postface
du traducteur Marc Froment-Meurice ; de même la postface de la traduction de W sera considérée comme un livre à part entière, que l’on augmentera ici
d’un supplément (sous la forme dun cahier agrafé de 16 pages, adjoint au livre, constitué par un entretien de Jean Daive et Michèle Cohen-Halimi intitulé « W, laigle de Jean »).
Pourtant, si les éditeurs et traducteurs de Pleroma ont pu opter, sans grande difficulté, pour une dissociation franche de la postface d’avec l’édition
critique des écrits de Hegel, notre position est plus délicate ou difficile, qui tient à la forme de Anataxe. Virgule. Balance. et au rapport qu’entretient
cette étude avec la traduction de W. Il apparaît que la résolution de cette difficulté met en jeu l’évolution de la pensée de Werner Hamacher, entre l’« accomplissement
débordant de la synthèse » hégelienne* et l’intériorisation de la discontinuité pratiquée par Jean Daive.

* « le “plérome” aura été le nom de cet accomplissement débordant de la synthèse » (Jacques Derrida, Glas)
