Aust
Aust est un essai : une expérience de pensée et de vie où le poème joue un rôle structurant. Expérience de vie, car c’est à l’épreuve de deux événements autobiographiques que se déploie la réflexion d’Emilien Chesnot dans les deux principales sections du livre, intitulées « lem ouch » et « À l’état civil ». Expérience de pensée, car c’est à l’aune de l’analyse de la sujétion de l’individu, dans la langue et par la loi, qu’une échappée va être tentée.
Si l’on considère que « travailler sur soi-même » est équivalent à écrire un livre (et singulièrement ce livre intitulé Aust) l’exergue d’Emmanuel Hocquard qui ouvre « lem ouch » est programmatique : « Qu’est-ce que travailler sur soi-même ? Représentez-vous un insecte volant, une mouche ou une abeille, qui s’est pris dans une toile d’araignée et qui cherche, coûte que coûte, à se dégager. C’est, je pense, une assez bonne image pour comprendre. Sauf qu’ici la toile d’araignée est “inside”. La toile d’araignée où nous nous débattons c’est notre pensée, notre manière de voir les choses, notre langage. »
Aust est l’essai de circonscrire la « toile d’araignée » qu’est la langue maternelle où nous naissons en tant que sujet parlant – ou le nom propre qui nous identifie aux yeux de l’état civil et de la loi. Puis de chercher « coûte que coûte » à s’en dégager à travers l’écriture – promesse d’un « désassujettissement » par rapport aux codes (linguistiques, légaux) qui nous contraignent.
Compte tenu de l’homologie qui structure les deux parties du livre selon des retours précis : le rapport à notre langue maternelle est homologue au rapport à notre nom propre (on ne les choisit pas tant qu’on y est contraint), et la résistance qui leur est opposée par le poète, nous comprenons que le livre est à la recherche d’une relation au langage autre que le rapport de sujétion analysé dans les deux sections en prose du livre. Le poème, puisque la sujétion s’éprouve notablement dans le langage, est la voie empruntée pour échapper à la fatalité de ce rapport, et transformer celui-ci en relation. « Une relation est libre. Un rapport est forcé » écrit Emilien Chesnot.
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À propos du titre de son livre, Émilien Chesnot écrit : Aust est un mot qui, en français, n’est pas attesté : il n’est ni nom commun, ni nom propre, ni pronom, ni adjectif ou adverbe ; cette forme vient donc en excès – ou se constitue en défaut – par rapport à la langue française et son système. On pourrait parler à son sujet de « mot-fantôme » : un mot dont la forme orthographique n’a pas d’exemple et qui demeure sans référent, n’ayant d’autre fonction que celle de manifester son apparition et d’attirer, par le vide même de sa signification et la singularité de sa forme, tous les mots qui passent dans son orbite. Une sorte de trou noir, dans lequel on peut par exemple déceler la terminaison sonore du mot anglais « ghost », qui se traduit en français par « fantôme », ou bien le mot « laust », qui signifie en islandais « liberté ».
