Poèmes premiers

« Je n’explique pas les mots. Je n’explique que les formes. Ce qu’elles contiennent m’échappe. Tu n’expliques pas que je parle non plus. »

Dorothée Volut, à la surface, p. 49.

On peut considérer la succession des livres de Dorothée Volut publiés chez Éric Pesty Éditeur : alphabet (2008 & 2016), à la surface (2013), Poèmes premiers (2018) comme des élucidations de forme.

Composées en petites capitales les vingt-deux proses d’alphabet se détachent du manuscrit de à la surface pour exister indépendamment et antérieurement à lui – conformément au sens intime du texte ;

à la surface sont douze monologues qui forment l’expérience d’une mise à nu de la parole, devançant sa propre inquiétude pour coïncider avec son surgissement ; 

et considérer que Poèmes premiers vient à la suite de la « page tournée » de à la surface, page tournée dont l’auteur s’est expliquée en 4° de couverture du livre.

Pourtant, si Poèmes premiers est logiquement postérieur aux deux précédents livres (où une position d’énonciation – apaisement conquis – semble désormais coïncider avec une attitude d »« écoute », au sens fort du terme) cet effet d’après-coup est aussi contredit par le mot « premier » : maître-mot du livre et qui renvoie à une position thétique sans antécédent.

Dans la contradiction temporelle entre postérieur et antérieur s’institue le poème, ou naissance renouvelée de la parole, reconduite de livre en livre par Dorothée Volut avec une rigueur dont on ne connaît pas d’équivalent aujourd’hui.