Bulletin n°39

« –e miroite » par Pauline von Aesch.

Dans le numéro 3 de la revue Un bureau sur le Rhin (juillet 2025) Francis Cohen et Leopold von Verschuer ont publié une traduction en allemand de la page 37 de Mon antérieur visage de Pauline von Aesch (Éric Pesty Éditeur, 2025). Lors de la traduction de cette page Leopold von Verschuer a rencontré la difficulté de traduire la lettre « –e ». Il a interrogé par courriel Pauline von Aesch, qui lui a fait la réponse suivante (réponse aussitôt traduite en allemand et publiée dans le numéro 5 de la même revue) :

Question de Leopold von Verschuer :

« l’air est si maigre        (die luft ist so mager)

–e miroite »                     (ce –e, c’est bien le e final de maigre ? En allemand cela donnerait donc le –r de mager. Ou faut-il garder la lettre –e en général ?) »

 

Réponse de Pauline von Aesch :

« Concernant “-e” (suffixe), il s’agit de la flexion de genre en français qui féminise les mots avec terminaison en -e ou -ée. Elle ne se rapporte à aucun mot précis. Elle ressort seule comme un état, une résurgence, elle remonte à la surface du texte, elle flotte. Pour moi elle parle de mon rapport au féminin, à ma propre féminité, à ce substrat-là. Le lettre -e ou les lettres -ée ont valeur de symbole. Un reste syntaxique, queue grammaticale un peu rebelle. Gestus calligraphique, le féminin laissé comme piste ouverte, balbutiement d’un dire.

La forme de la lettre aussi a du sens pour moi, une forme enroulée entre l’ouvert et le replié : e, l’esquisse d’une ammonite, ou un trou mais plus complexe que celui d’un o. Cela me raconte l’histoire d’une vulve et d’un clitoris aussi. Là je tombe dans une histoire graphologique (typologique ? poétique !) personnelle des lettres. On pourrait sombrer dans un rapport presque synesthésique à l’alphabet.

Le fragment flotte dans l’espace libre du poème, il devient matière en soi.

Que reste-t-il du féminin quand il n’habite plus aucun mot ? Je questionne le reliquat.

Je ne sais pas comment c’est traduisible dans une autre langue. C’est une sacrée question.

Mais votre lecture est intéressante aussi. Que cela soit la dernière lettre tombée du dernier mot. »

n° 39

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Jacques Roubaud : Les Enfances d’Alexandre, édition par Valérie Beaudouin et Marie-louise Chapelle, préface de Valérie Beaudouin, Le Seuil « La librairie du XXI° siècle », octobre 2025.

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