Bulletin n°33

Sur le théâtre de marionnettes – par Dorothée Volut

« Mais le paradis est verrouillé, et le Chérubin derrière nous ; nous devons faire le tour du monde pour voir si peut-être, en quelque endroit par derrière, il ne serait pas de nouveau ouvert. »

Heinrich von Kleist (Francfort-sur-l’Oder, 1777 – Berlin, 1811)

 

Au printemps 2007 déjà, nous parlions, Éric et moi, d’écrire quelque chose sur le Théâtre de marionnettes du dramaturge Heinrich von Kleist. Nous avions en commun ce texte que j’avais découvert dans la traduction de Jean-Claude Schneider aux éditions Séquences lorsque j’avais 24 ans ; j’étudiais alors la scénographie aux Arts Déco de Paris. Éric, lui, se référait à la magnifique traduction de Michèle Cohen-Halimi parue en 2002 dans la revue Fin n°14.

Mais comment en étions-nous arrivés à évoquer ces quelques pages fulgurantes écrites au début du XIXe siècle et traitant, en surface, de la grâce des marionnettes ? J’ai le souvenir que, de mon côté, ce texte avait ressurgi à la faveur de la lecture passionnée de l’écrivain suisse Robert Walser que je faisais depuis un an déjà, et qu’il était venu étrangement s’y superposer – Robert Walser dont les œuvres, une à une, étaient rééditées au fil des saisons par les éditions suisses Zoé dans les traductions lumineuses de Marion Graf. C’est le fait d’être retombée de manière inattendue sur une série de notes datant de 2006 – 2009, qui m’aiguille vers la tentative de réactualisation de ce contexte. Et pourquoi à la fin de ce mois de mars 2024, lors d’une dernière séance de travail sur Contour des lacunes, avons-nous évoqué une nouvelle fois « les marionnettes » ? De nouveau le point nodal m’échappe. Seul reste l’engagement enfin pris à écrire quelque chose pour le bulletin de juin sur le site des éditions.

Au moment de quitter l’Atelier, Éric me glissa dans les mains le fameux numéro 14 de la revue Fin, où se trouvait la traduction du texte par Michèle Cohen-Halimi, au centre de laquelle se trouvent ces lignes citées en exergue et qui font écho à celles qui parachèvent le texte : « Je lui dis un peu songeur : nous devrions donc retourner goûter à l’arbre de la connaissance pour retomber dans l’état d’innocence ? / Absolument, répondit-il ; c’est le dernier chapitre de l’histoire du monde. » Ce que j’allais écrire était maintenant devant moi.

*

Je relis le texte de Jean Daive en ouverture du sommaire de Fin. Il s’intitule « Se tuer à deux ». Ingeborg Bachmann et Paul Celan. Je ne peux m’empêcher de noter des phrases : « Elle qui regarde parler sans savoir ce qui se dit. » p. 4. / « Un fil s’adopte comme un enfant » p. 8. / « Il a perdu son corps ou bien il n’a pas de corps sans fil. » p. 8. / « Les articulations sont reliées à un fil. Le fil entraîne. Qui ? La décomposition de l’autre. » p. 9. On dirait que le théâtre de Kleist a déjà commencé.

Puis je rejoins la page 66 où débute Sur le théâtre de marionnettes. Je retrouve le dialogue entre le narrateur et l’ami imaginaire. Je retrouve le jardin public où tous les deux se rencontrent à l’hiver 1801. Je retrouve la lente et vive avancée de l’échange entre les deux esprits qui, à mes yeux, n’en font qu’un. Des phrases se ré-allument en moi : « Tout mouvement a un centre de gravité qu’il suffit de diriger à l’intérieur de la figurine. » D’autres s’éclairent : « […] quand le centre de gravité est dirigé selon un mouvement rectiligne, les membres évoluent selon une courbe ; une secousse brusque suffit, et l’ensemble entre dans un mouvement rythmique semblable à la danse. »

Cliquer ici pour lire dans son intégralité le texte de Dorothée Volut

n° 33

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parutions

 

En écoute

« Autour d’Anne-Marie Albiach » : Captation audio de la rencontre avec Francis Cohen, David Bonnand et Éric Pesty à la librairie L’Arbre du voyageur, à Paris, le jeudi 14 septembre 2023. A propos de Conversations avec Anne-Marie Albiach dans l’escalier et État. Une politique de l’imprononçable.

 

Parutions


Marjorie Perloff : L’Échelle de Wittgenstein. Le langage poétique et l’étrangeté de l’ordinaire
, traduit de l’anglais (États-Unis) par Robin Seguy, éditions Questions théoriques, janvier 2023.

Gertrude Stein : Ida [volume composé de Ida. Un roman – Hortense Sänger – Film. Deux sœurs qui ne sont pas sœurs – Ida – Portrait de Daisy pour Daisy le jour de son anniversaire – Lucretia Borgia. Une pièce de théâtre – Les Superstitions de Fred Anneday, Annday, Anday. Un roman de la vie réelle], traduit de l’anglais (États-Unis) par Martin Richet, « Literature », Cambourakis, octobre 2023.

Dominique Fourcade : flirt avec elle, P.O.L, mai 2023.

Dominique Fourcade : ça va bien dans la pluie glacée ?, P.O.L, février 2024.

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